Mur est une méditation cinématographique personnelle sur le conflit israélo-palestinien. Dans une approche documentaire originale, le film longe le tracé de séparation qui éventre l’un des paysages les plus chargés d’histoire du monde, emprisonnant les uns et enfermant les autres. Sur le chantier aberrant du mur, les mots du quotidien et les chants du sacré, en hébreu et en arabe, résistent aux discours de la guerre et se fraient un chemin dans le fracas des foreuses et des bulldozers. Toute la beauté de cette terre et l’humanité de ses habitants sont offertes au spectateur comme un dernier cadeau, juste avant de disparaître derrière le Mur.
Mur est un film politique car tout est politique, mais il ne parle pas de politique. Il parle de moi, de nous.
Pour moi, ce pays est un seul pays, un tout petit pays peuplé à la fois de Juifs et d'Arabes. Je m'identifie à lui parce que moi aussi je suis juive et arabe à la fois. Le judaïsme fait partie de l'histoire de ce pays, mais il faudra bien qu'un jour les Israéliens acceptent aussi d'être un peu arabes. Ce jour-là, les murs tomberont.
Au-delà de la tragédie moyen-orientale, j'ai réalisé ce film en pensant chaque jour ce qui se passe ailleurs sur la planète entre les riches et les pauvres, entre les faibles et les puissants, entre les "démocrates" et les "autres", entre ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien. Partout les faibles veulent franchir les murs qu'on érige devant eux, et partout les forts ont peur de se retrouver à la place des faibles, comme si le bonheur des uns ne pouvait exister qu'aux dépens du malheur des autres. Parfois, le fort a tellement peur du faible qu'il fait tout pour que sa peur soit fondée, il s'arrange pour que le faible devienne une vraie menace.
La paix viendra. Elle finit toujours par venir. Mais pour le moment, l'époque du mur ne fait que commencer, et je crains qu'elle ne soit terrible.
Dès l'instant où j'en ai conçu l'idée, il était évident pour moi que Mur serait un film de cinéma. C'est un film où l'espace est essentiel, où le ciel, la terre, les paysages sont des personnages à part entière…
Et puis je voulais faire un film qui donne le temps de voir, et cela est de moins en moins admis à la télévision. Je voulais des plans-séquences, des travellings assez longs pour être perçus comme tels, des sons plutôt que de la parole et des silences dans la parole - toutes ces choses qui font le cinéma en général et dont la télévision ne veut presque plus.
J'avais un grand désir de cinéma et je suis heureuse que Mur sorte en salles, mais j'espère aussi qu'il passera bientôt à la télévision. Je suis toujours émue les soirs où mon travail est à l'antenne : je regarde les fenêtres, je vois la petite lumière de l'écran allumé derrière les rideaux et j'ai le sentiment que je suis arrivée à bon port, chez les gens, dans leur vie. C'est un grand honneur, au moins aussi grand qu'une sélection au Festival de Cannes.
Simone Bitton
Mur est sorti cet automne dans les salles. Mais nous avions envie de montrer ce film important en vous proposant une rencontre avec Simone Bitton, dont nous présenterons également L'Attentat et Conversation Nord-Sud. |